Bonjour à toutes et à tous.

Dès notre arrivée au Sénégal, nous avons été tous les deux surpris par un aspect : le nombre d’enfants dans les rues sénégalaises. En effet, dans tous les endroits visités, les enfants sont présents et nombreux, souvent en petits groupes. Un des aspects qui explique ce nombre, et dont nous avons eu l’occasion de discuter avec un pêcheur de Saint Louis est la polygamie. En effet, ici, les hommes peuvent avoir jusqu’à 4 épouses, et il n’est pas rare qu’ils aient de nombreux enfants avec chacune d’elle.

Ainsi en 2016

  • la moyenne était d’environ 4,7 enfants par femme sénégalaise (pour 1,96 enfants par femme française)
  • le taux de natalité d’environ 34‰ (pour environ 15‰ en France).
  • –54 décès pour mille naissances en 2014 (pour 3,9‰ en France).

La jeunesse est donc très présente au Sénégal et cela donne une atmosphère particulièrement vivante et énergique à ce pays.
Seulement, l’autre point que nous avons remarqué rapidement après, est le nombre important de ces enfants livrés à eux-mêmes, et surtout, entrain de mendier dans la rue.
Ces enfants mendiants appartiennent à une catégorie bien spécifique du Sénégal dont vous avez peut être déjà entendu parlé ; il s’agit des enfants « talibés ».

Qui sont les enfants Talibés ?

Au sens étymologique du terme, un « talibé » est un élève ou un disciple apprenant le Coran.

Au Sénégal, il s’agit généralement d’un garçon âgé de 5 à 15 ans (plus rarement d’une fille), issu d’une famille pauvre, confié par ses parents à un maître coranique (ou marabout) afin que celui-ci se charge de son éducation religieuse. Cette éducation a lieu dans un « daara », une école coranique. En contrepartie, le talibé doit s’acquitter des travaux domestiques, et est généralement contraint à mendier dans les rues afin de subvenir à ses besoins et aux besoins de son maître et de sa famille (la plupart du temps, elles n’ont pas les moyens de contribuer financièrement aux dépenses de leurs écoles.) Les gens qu’ils rencontrent souvent dans la rue les ignorent ou les gratifient d’une piécette. Sales et vêtus de guenilles, ces talibés mendiants font partie du décor de la ville. Ils ne sont pas ressentis comme un « danger », mais souvent comme une « gêne », par les adultes pressés, qui feignent de ne même pas les apercevoir.

Tous les talibés ne sont pas sénégalais et certains viennent de pays voisins. La plupart ne voit de toute façon pas leur famille, parfois pendant plusieurs années. La majorité des talibés vivent dans des conditions très précaires. Ils sont logés en surnombre dans des maisons délabrées où l’accès à l’eau, l’électricité, la santé et la nourriture est souvent difficile. Les sévices corporels sont courants. Il arrive fréquemment que les enfants soient sévèrement battus par leur maître parce qu’ils n’ont pas ramené la somme d’argent fixée par ce dernier, ou mal appris leur leçon.Voici le daara à côté de l’association où nous travaillonsIci, les conditions sont rudimentaires et les enfants sont vêtus de haillons

Le phénomène des talibés au Sénégal est le résultat à la fois d’une tradition (le fait de confier ses enfants garçons à un marabout) et des crises économiques des années 1980 et 1990 qui ont progressivement perverti cette tradition en provoquant la création de nombreux daaras dans des villes, par de faux marabouts plus motivés par l’enrichissement personnel que par l’éducation des jeunes.

En 2010, le nombre de talibés au Sénégal était estimé à 50 000 par l’ONG Human Rights Watch. De nombreuses associations dénoncent cet état de fait, parlant d’« esclavage moderne ».

On nous a conseillé le visionnage du reportage : « Les enfants perdus de M’bour » réalisé en 2009, dans l’émission « Thalassa » (France 3) par Daniel GrandClément, sur les enfants talibés de M’Bour (ville voisine de Saly où nous nous trouvons). Celui-ci est bouleversant. Nous vous conseillons à notre tour de le regarder pour comprendre l’ampleur de cette situation au Sénégal. Ainsi que pour avoir un aperçu de ce que représente la vie d’un talibé dans un Daara très difficile.

Pelico va t-il rencontrer des enfants Talibés ?

Il nous semblait fondamental de montrer cette spécificité culturelle du Sénégal, d’autant plus qu’elle touche les enfants. Nous allons réaliser des ateliers avec des enfants talibés qui viennent prendre des cours de français à la cité des enfants de Saly. Seulement ce ne sont pas n’importe quels talibés. Ces derniers ne mendient pas, comme ceux du reportages ci-dessus. Le marabout en charge de ces talibés reçoit une aide financière de la part des parents qui lui ont confié leur enfant. Vous aurez la chance de l’apprécier dans les prochains reportages ; ces enfants parlent bien français et sont cultivés.

Pourquoi travailler avec ces enfants ?

L’association ALEFS qui nous accueille dans ses locaux travaille seulement avec les marabouts qui l’acceptent. Actuellement, seulement trois marabouts dans les environs acceptent de travailler avec l’association. Sur ces trois marabouts nous ne travaillerons qu’avec un seul.
Nous avons rencontrés son groupe d’enfants talibés qui se rend à la cité des enfants trois matinées par semaine pour suivre un enseignement en français, et des cours dispensés dans les « écoles classiques ». Il est plus complexe de travailler avec les autres marabouts surtout lorsqu’il s’agit de réaliser des vidéos. Nous ne souhaitions en aucun cas risquer de mettre en péril les ententes établies avec l’association.

Pourquoi ne pas montrer les autres Talibés aussi ?

Il est très difficile d’approcher les enfants talibés dans la rue. Ils n’aiment pas être pris en photo ou filmer (nous avons eu le malheur d’essayer une fois, et les enfants se cachent et nous ont fait des signes de tête montrant leur refus). De plus, les marabouts ne donnent pas facilement leur accord pour les filmer non plus.
Les enfants avec lesquels nous allons travailler sont bien des talibés mais issu d’un daara sans dérive de violence et de mendicité. Le daara du reportage est un autre exemple.

Comment va-t-on aborder le sujet dans nos reportages :

Nous nous sommes questionnés longuement sur la manière de traiter ce sujet dans nos reportages pour les enfants français. Comment ne pas « traumatiser » les enfants sans pour autant trop travestir la réalité ?
Nous avons finalement décidé de faire ce que nous faisons finalement toujours dans nos vidéos : laisser les enfants s’exprimer, expliquer avec leurs propres mots leur vie et leur quotidien.
De plus, nous allons avoir la chance de visiter leur daara et d’en faire quelques images ; cela permettra aux enfants de se faire une idée plus précise du sujet, tout en précisant que certains daaras sont beaucoup plus difficiles que ceux-là.
Nous essayons aussi de rencontrer une autre association pour réaliser un petit interview sur ce sujet.
Nous écrirons un petit texte explicatif pour les enfants et nous espérons vous avoir donné suffisamment d’outils pour pouvoir en parler avec eux justement en classe !

C’est un sujet important ici, on souhaite le traiter le mieux possible, c’est délicat et on espère de la tolérance de la part de tous. 🙂
Et vous, comment pensez-vous aborder ce sujet en classe ? Avez-vous des conseils, remarques à faire partager ?

Quelques ressources :

Le reportage évoqué plus haut :

Une petit vidéo d’un rap youtube, exploitable en classe avec vos élèves :

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